Territoire sylvicole, agricole et pastoral

Les activités montagnardes traditionnelles en Belledonne :
le pastoralisme, l’agriculture et la sylviculture

Territoire pastoral

La chaîne de Belledonne est un territoire pastoral avec 25 000 hectares de surfaces pastorales dont 12 436 hectares inclus dans le Plan pastoral territorial Belledonne représentant 22 % du territoire.

En effet, le pastoralisme qui représente l’ensemble des activités d’élevage valorisant par un pâturage extensif les ressources fourragères des alpages est une activité agricole très importante sur le territoire.

Portrait du pastoralisme

Les espaces pastoraux du massif occupent les lignes de crêtes et sont soumis à la pression forestière. Les pelouses, sur des sols de bonne qualité car héritières des pratiques laitières abandonnées dans l’entre deux guerres, s’acidifient et tendent à devenir des landes, contraignant les gestionnaires pastoraux à beaucoup de débroussaillage.

Les éleveurs sont en grande partie originaires du massif et gèrent des troupeaux qui accueillent des effectifs transhumants. Les pâturages sont plutôt bien chargés, quelques sous utilisations sont relevées mais restent marginales. Bénéficiant des Contrats Territoriaux d’Exploitation et aussi en raison de la présence du loup, les alpages sont gardés par 16 bergers, qui pour certains d’entre eux ont développé des activités complémentaires en général en lien avec le tourisme.

Les troupeaux et les pâturages : les 2 600 UGB (unité de gros bétail) estivées pâturent entre 100 et 120 jours les 12 000 ha de ces espaces escarpés, aussi reconnus pour la diversité de leurs paysages, de leur biodiversité, et siège de nombreux autres usages. En particulier, les tourbières et habitats favorables au Tétras Lyre comptent parmi les enjeux forts. Les risques naturels sont aussi parmi les logiques à intégrer. Parmi les derniers projets des éleveurs et bergers, on observe un retour vers des exploitations laitières depuis les 10 dernières années.

Les équipements pastoraux repérés, réalisés dans le cadre des améliorations pastorales portées par les Groupements Pastoraux et les collectivités offrent un niveau d’équipement plutôt bon, mais avec des carences en Savoie, les équipements pastoraux n’étant engagés que depuis 2003. Par contre, des chalets pastoraux manquent encore.

Afin de soutenir la mise en valeur des espaces pastoraux et les éleveurs, la Fédération des Alpages de l’Isère et la Société d’Économie Alpestre sont deux structures qui coordonnent les actions de développement de ce type d’agriculture.

Le pastoralisme a plusieurs rôles : il permet tout d’abord la création et le maintien des emplois, l’entretien des paysages d’altitudes notamment en conservant des espaces ouverts. De plus, le mode de gestion des zones pastorales bénéficie au maintien de la biodiversité. Il participe également à l’équilibre fourrager et économique des exploitations locales, il y a une véritable relation montagne / vallée.

Ainsi, le pastoralisme est une activité économique sur le territoire de Belledonne qu’il est nécessaire de préserver et de faire connaître davantage au grand public par des actions de sensibilisation.

L’agriculture de Belledonne en 2018

582 agriculteurs sur l’Espace Belledonne (cotisants solidaire compris)
503 entreprises agricoles
Surface Agricole Utile moyenne / exploitation : 17 ha
32 % d’exploitations en double-activité

L’agriculture en Belledonne est marquée historiquement par la double-activité. La proximité de la vallée et des papeteries ou de l’industrie minière au pied de Belledonne a favorisé le statut d’ouvriers-paysans, dans une logique d’organisation verticale.
Plus tard, avec l’arrivée des stations de sports d’hiver la saisonnalité des emplois a permis de faire perdurer ce type d’organisation localement. Cette tradition va donc de pair avec des petites exploitations, une organisation individuelle, et un objectif de complément de revenus.

Caractéristiques du milieu montagnard, l’agriculture se développe selon deux orientations différentes.

Des systèmes d’élevage traditionnels (lait, viande) et de valorisation de l’herbe.
Ces systèmes valorisent les surfaces mécanisables pour la production de foin et les terrains en pente non mécanisables pour la pâture. De la quantité de foin et de fourrage qu’il est possible de produire localement sur ces espaces, dépend la taille du troupeau et donc la pérennité de l’exploitation.

Les bêtes qui passent 6 à 8 mois de l’année en étable, sont l’été en alpage et sur les coteaux pentus en intersaison. Cette agriculture “ouvre” et entretient le paysage et participe ainsi fortement à un cadre de vie harmonieux. De dimension moyenne ces systèmes ont souvent des problèmes de rentabilité économique.

En effet, les surfaces mécanisables, à bon potentiel agronomique, sont rares en Belledonne. Leur affectation non raisonnée à d’autres utilisations (boisement ou urbanisation) peut déstabiliser les exploitations existantes, entraîner leur disparition et par voie de conséquence l’abandon des surfaces pentues qu’elles exploitent.

La valorisation des produits fermiers de grande qualité

À côté de la production de matière première ou dans son prolongement ce système associe une autre activité : transformation de lait en fromage, découpe de viande ou l’activité est davantage orientée vers l’accueil (goûter, auberge à la ferme…).

Ces systèmes concernent 20 % des exploitations totales. Il n’y a pas de produits phares ou labellisés en Belledonne comme dans d’autres massifs, mais une très grande diversité et une grande qualité des produits. Cette situation est reconnue par l’engagement des producteurs fermiers de Belledonne dans une démarche qualité, basée sur la certification des exploitations.

Cette approche, spécifique au territoire, est unique à ce jour en Isère. Cette agriculture, qui se développe également par la création de points de vente collectifs, nécessite moins d’espace, mais une grande organisation et professionnalisation des agriculteurs.

Le territoire sylvicole et la filière bois

Une forêt de montagne à fort potentiel…

La forêt de Belledonne occupe 71 531 ha (données IGN), soit 56 % du territoire. Il s’agit essentiellement d’une forêt mixte de hêtraie-sapinière et de résineux (pessières et sapinières). Elle offre une ressource forestière abondante et de qualité.

L’exploitation reste néanmoins difficile sur la moitié de la surface forestière. Le foncier privé est par ailleurs fortement morcelé (75% des comptes de propriété sont inférieurs à 1 ha) et représente 65 % de la surface forestière.

Le taux de prélèvement est tout de même de près de la moitié (environ 200 000 m3 sur 450 000 m3/an d’accroissement naturel) de l’accroissement, récolté chaque année. La demande en bois est en effet très forte, compte tenu de l’importance de l’industrie de première et de deuxième transformation.

Avec 400 entreprises, la filière bois est ancrée dans le territoire et génératrice de 1800 emplois directs et d’environ 1800 emplois indirects, avec une complémentarité entre la montagne (ressource forestière) et la plaine (bassin d’emploi).

Les emplois sont ainsi majoritairement en plaine mais quand même inclus dans le territoire de Belledonne (principalement sur les Communauté de Communes Grésivaudan et Cœur de Savoie), bien moins sur les périmètres des autres intercommunalités, inclues seulement pour parties). Nous notons par ailleurs 2 espaces structurants : le Pôle Bois à Goncelin et la Plateforme Bois énergie à La Table (projet en cours).

L’activité de sciage est importante avec 10 scieries dont Bois du Dauphiné représentant environ 200 000 m3/an de grumes sciées (majoritairement résineux : Epicéa).

Le secteur emballage bois/cartonnerie/papeterie représente un bassin d’emplois majeur avec 11 grandes entreprises représentant 1000 emplois, 260M € CA.

Néanmoins, des difficultés pour la transmission des entreprises et le recrutement de personnel sont notées, avec la fermeture de scieries et de papeteries.

Des aménités forestières primordiales

La multifonctionnalité de la forêt est une composante très importante dans le massif, extrêmement fréquenté par les habitants des agglomérations de Grenoble, Chambéry, avec des pratiques de sports de pleine nature généralisées sur l’ensemble de l’année, ce qui justifie de gros efforts de communication pour connecter les citadins et néo-ruraux avec les réalités des problématiques forestières de montagne. Il existe également des enjeux de protection forts : protection de l’eau et contre les chutes de blocs.

Le rôle écologique de la forêt est également fort (habitat). En effet, les conditions climatiques, l’étagement forestier, les oppositions de versants sont source de biodiversité à différentes échelles. L’ensemble de la forêt de Belledonne est inclus dans la zone d’inventaire ZNIEFF « Massif de Belledonne, chaîne des Hurtières ». Un grand nombre de milieux remarquables ont été inventoriés : zones humides, végétation rivulaire des torrents, Cembraie de Chamrousse… La chaîne de Belledonne est également le territoire qui compte les plus fortes concentrations de tourbières acides en Rhône-Alpes ainsi que la première réserve naturelle de France, celle du Lac Luitel datant de 1961.

Le rôle de stockage du carbone est également très important : il est évalué à 10 M tonnes de carbone stocké par les forêts du territoire.

Le bois est par ailleurs un matériau et une énergie durables.

Néanmoins, la forêt de Belledonne doit faire un enjeu fort d’adaptation, de régulation et d’atténuation du changement climatique, avec notamment des attaques parasitaires (50 % du volume d’épicéas scolytés (France)).

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